Dimanche 4 mai 2008
Al Qa’ida enferme les Frères Musulmans
Et Al-Baghdadi donne la clé aux brigades Al-Qassam
Par le Dr. Akram Hijazi
Si j'avais été un Frère Musulman ou un membre du Hamas, mon impression première à l'écoute du discours d'Abu ‘Omar Al-Baghdadi
(la religion c'est
le bon conseil – 14/02/2008) serait qu’il s’agit là d’un discours stupide et insensé, comme l'a déclaré Abu 'Obayda, le porte-parole des Brigades Al-Qassam. Je me serais
demandé amèrement : pourquoi le Hamas est devenu l'objectif des dirigeants du Jihad Mondial, à commencer par Sheikh Oussama Ben Laden, en passant par Az-Zawahiri, Abu Yahya Al-Libi,
'Atiyatullah, Abu Hamza Al-Muhajir et pour finir Abu Omar Al-Baghdadi ? Ceci au moment où le Hamas est combattu et assiégé par le monde entier…
En revanche, si j'avais été un Salafiste Jihadiste, je défendrais le discours avec insistance, en y voyant une réaction vive aux comportements révoltants des Frères Musulmans, et du Hamas en particulier, lequel faisait l'objet de beaucoup d'espoirs des Salafistes, mais voilà qu'il glisse dans le fin fond de la politique et du jeu de « Sykes-Picot », alors qu'en tant que groupe jihadique il était censé combattre un ennemi occupant. Je me serais demandé amèrement : qu'a récolté le peuple palestinien ou le Hamas, par l'entrée de ce dernier dans les méandres de la politique et de la participation à un gouvernement sous le plafond [des accords] d'Oslo, si ce n'est les affronts, l'avilissement, le blocus, l'oppression, les pressions et les menaces ? Et pourquoi le Hamas persiste-t-il à ne pas tenir compte des conseils légaux qui lui sont adressés ?
Mais entre les deux, il y a ceux qui se placèrent en contradiction avec les positions de leurs propres groupes. Ainsi, le discours virulent de Baghdadi n'apparaît pas comme étant rejeté par beaucoup de membres du Hamas et du Qassam, surtout quand ceux-ci voient l'état d'avilissement qui touche les Palestiniens et leur cause depuis des décennies, malgré les torrents continus de sang déversés gratuitement. De même qu'il n'apparaît pas comme étant accepté sous cette forme, par ceux qui croient dans la Salafiya Jihadiste au sein des Frères Musulmans, ou même parmi certaines élites Salafistes qui craignent qu'il ait des conséquences inverses pour de nombreuses raisons dont l'« orgueil criminel » (Al-'izzatou bil ithmi) n'est que l'une d'entre elles.
Dans tous les cas, ce discours qui a sans doute provoqué une tempête, pourrait bien être en voie de provoquer une rupture dans les positions du Hamas, surtout que c'est ce dernier qui y est concerné en premier lieu, non la Salafiya Jihadiste. Est-ce que c'est à quoi aspirait la Salafiya ? Est-ce que c'est ce que craignent les Frères Musulmans et d'autres ? Dans quel contexte pouvons-nous placer ce discours ?
Il va sans dire que le discours Salafiste Jihadiste est plus que jamais embarrassant pour le Hamas dans la mesure où les Salafistes maintiennent des résultats avancés sur les plans quantitatifs et qualitatifs dans leurs activités militaires, et tant qu'ils s'attachent à leurs constantes légales dans la pratique de la critique sous la forme de conseil. Ceci quand le Hamas, de son côté, se limite à tenir un discours politique au milieu du recul de ses activités militaires visant « Israël », et de l'obscurité qui entoure ses prises de position politique envers la reconnaissance de celle-ci ou la trêve, chose qui le place dans une impasse face au discours Salafiste, d'autant plus que l'action politique n'a pas porté ses fruits et que le Hamas se trouve présentement dans une des périodes les plus faibles de son existence politique.
Mais alors qu'est ce que le Hamas pouvait faire de plus, lui qui a tapé à toutes les portes pour régler le conflit qui l'oppose à l'« autorité palestinienne » au moment où cette dernière refuse tout dialogue, poussée en cela par les États-Unis, « Israël» et même les pays arabes ?
Il est du droit du Hamas de lutter pour la levée du blocus sans présenter des concessions substantielles qui profiteraient en fin de compte à « Israël».
Néanmoins, la réalité des faits est que le blocus fait du tort :
1- à la popularité du Hamas à l'intérieur de la Palestine et à l'étranger.
2- aux habitants de Gaza qui paient le prix fort du blocus sur le plan social, économique, et de santé, et ce au moment où le Fatah et le Hamas continuent d'injecter de l'argent dans les poches de leurs membres, ce qui signifie que le blocus pourrait durer davantage de temps dans ce qui ressemble à un jeu de qui-abandonne-le-premier sur le compte des habitants.
3- à quelques couches des branches militaires qui deviennent de plus en plus perplexes devant les développements actuels, ainsi ils ne peuvent ni combattre leur ennemi comme ils l'espèreraient, ni continuer à supporter le poids de blocus dont les causes politiques et organisationnelles ont fait de leur jihad l'otage des dirigeants politiques et de la situation internationale et régionale, faisant d'eux ce qui ressemble à des gardes-frontières plus qu'autre chose.
Si la situation du Fatah et sa capacité à subvenir aux besoins de ses membres à Gaza apparaissent comme légitimes aux yeux de la rue palestinienne, qui s'accroche aux causes de subsistance, cela pourrait faire porter la responsabilité du blocus au Hamas et le placer dans une posture de plus en plus délicate toutes les fois où le Fatah apparaît à l'extérieur du pouvoir de Gaza, et le Hamas fidèle à ses membres, mais incapable d'assurer les services essentiels pour une société qui fut la première à annuler « Sykes-Picot », mais qui pourtant subit l'embargo cruel de son environnement.
Et ce qui rend la posture du Hamas plus délicate aux yeux de la rue palestinienne et aux yeux de ses propres membres, c'est son implication croissante dans la culture de « Sykes-Picot ». Le Hamas semble ne plus être concerné par le retour au jugement légal pour tous les dossiers politiques. Ceci ne concerne pas le principe d'Ijtihad, autant que c'est un choix individuel ou dans le meilleur des cas, une conséquence du fait d'être tombé dans les filets des Massalihs que l'environnement impose. C'est peut-être dû à l'ignorance dans la religion, ou simplement à l'indifférence vis-à-vis de cette dernière.
En tout cas, au vu de ce qui a précédé, il ne semble plus étonnant que le Hamas présente des condoléances au décès du Pape du Vatican, à celui de Georges Habash en « implorant Allah (qu'Il soit glorifié et exalté) de le couvrir de son immense miséricorde », ou encore à celui de Imad Maghniyah, ou celui de Baqir Al-Hakim, ou qu'il démente avoir présenté des condoléances concernant Abu Muss'ab Az-Zarqawi, ou Abu-Leith Al-Libi, ou qu'il ignore la question Tchétchène en raison des intérêts que cela suppose, et de peur de faire l'objet de critiques ou d'être qualifié d’organisation terroriste. Il va sans dire que le dossier du Hamas d'un point de vue légal a désormais un poids assez pesant chez la Salafiya, sans parler du fait que ces choix ont fait du Hamas un parti séculier par excellence.
Le Hamas, comme cela est connu, n'a échappé à aucun discours des emblèmes de la Salafiya et des dirigeants du Jihad Mondial. Néanmoins, le discours d’Abu ‘Omar Al-Baghdadi qui apparaît comme l'ultime conseil légal a un effet différent.
L'homme est inconnu, et sa personnalité ne fait pas l'objet d'accusations comme pourrait l'être Az-Zawahiri à qui l'on reproche sa dureté historique envers les Frères Musulmans, ou encore Ben Laden dont beaucoup de ses ennemis ont diffusé la thèse de ses désaccords avec Az-Zawahiri lequel l'aurait influencé et aurait pris le contrôle d'Al Qa’ida (sic).
Quelle accusation peut-on adresser à Al-Baghdadi, alors qu'il mène une guerre acharnée en Irak contre des dizaines de pays et d'ennemis, sans que soit à l'ordre du jour le fait qu'il contracte une trêve avec un État, ou qu'il établisse des relations politiques ou des alliances avec de quelconques entités, ou qu'il désavoue le discours légal ou les intérêts des Musulmans où qu'ils se trouvent ?
L'observateur pourrait être étonné ou surpris en constatant que le Hamas a eu la part du lion des discours critiques et des conseils privés et publics qu'Al-Baghdadi a évoqué. Au moment où de tels discours ne sont pas adressés au mouvement du Jihad Islamique par exemple, lequel est un mouvement islamique qui ne diffère pas beaucoup du mouvement Hamas, du moins dans ce qui concerne ses mécanismes d'action, si ce n'est dans sa non-participation au processus politique d'une manière directe.
Aussi, si le Hamas est accusé de diffuser le Chiisme, le Jihad est accusé de Chiisme même, et les deux ont des relations privilégiées avec l'Iran et le Hezbollah.
Alors pourquoi la Salafiya insiste-t-elle sur le cas du Hamas et ignore-t-elle les autres groupes, y compris le mouvement Fatah (bien que ce dernier ait fait l'objet de critiques d'Az-Zawahiri dans le discours d'annonce de l'intégration du Groupe Combattant Libyen à Al Qa’ida) ? Le mouvement Fatah n'est-il pas influent sur le terrain comme l'est le Hamas ? Est-ce que cette question a un rapport avec le timing de « l'entrée en Palestine » ?
Premièrement: il est certain que les observateurs ont suivi les développements du discours Salafiste en direction de la Palestine depuis le moment où Ben Laden a renouvelé son célèbre serment de soutien aux Palestiniens (Façon de déjouer les complots – 19/12/2007) et où il a « rassuré » les Palestiniens que « nous allons élargir notre jihad, et nous n'allons pas reconnaître les frontières de Sykes-Picot ».
Deuxièmement: l'apparition de l'article « le timing de l'entrée de l'Organisation d'Al Qa’ida en Palestine » de « Assad-Aljihad-2 » sur les réseaux jihadiques, publié par le correspondant du GIMF qui l'a qualifié d'« article très important ». L'article invite les Moujahidines de Gaza à préparer l'accueil des Muhajirins (émigrants), à les héberger et à ne pas entrer en accrochage avec le mouvement Hamas même si celui-ci s'en prenait à eux. Il s'agit de la première lettre directe qui parle de mécanismes d'action explicites et d'orientations claires et concrètes, même si elle a été présentée sous la forme des « plus importants conseils ». Le plus important dans cette lettre, c'est qu'elle a reçu un bon accueil et de nombreuses réactions des lecteurs, à tel point que son auteur a veillé à se trouver parmi les lecteurs en répondant à leurs commentaires, et en leur assurant de veiller à suivre leurs critiques et d'être près d'eux surtout qu'il a déclaré dans son article : « je rêvais, depuis plusieurs années, d'être parmi ceux qui viendraient en Palestine pour combattre les Juifs. Maintenant, ce rêve fait partie intégrante de mon agenda et de mes plans. J'ai déterminé pour cela une date, un délai, et une façon pour entrer et mener le jihad en Palestine. »
Ceci est un indice que la boussole commence à s'orienter vers la Palestine, et que le sermon de Ben Laden et son annonce sont en voie d'être concrétisés, il n'est d'ailleurs pas invraisemblable de penser que l'auteur de la lettre soit lui-même un commandant militaire au sein d'Al Qa’ida.
Troisièmement: par son discours, Al-Baghdadi a prouvé sans que doute ne subsiste, qu'il a une connaissance historique de ce qui se passe en Palestine, à Gaza, et plus particulièrement au sein des brigades Al-Qassam, dans la période qui va de la date de création de ces derniers jusqu'à précisément la date d'assassinat de Yahya Ayash. Cette remarque a pour une raison quelconque échappé aux écrits et aux commentaires qui ont fait suite au discours. Mais « Assad-Aljihad-2 » y avait fait référence auparavant en écrivant : « sachez que vos nouvelles parviennent au fur et à mesure, avec précision, aux commandants des Moujahidines ».
C'est pour cela que nous voyons le discours évoquer les harcèlements dont a fait l'objet les fondateurs, de la part de la direction politique avant la seconde Intifada (28/09/1999). Mais quand il parle d'Al-Qassam (c'est la deuxième remarque importante), il est certainement conscient qu'il parle d'une couche particulière en son sein, « les sincères d'Al-Qassam », les incitant à bouger pour faire tomber leur direction politique. C'est cette couche qu'il appelle à faire scission et à profiter des « gens de sagesse et de savoir parmi eux pour qu'il s'efforce à mener à bien cette mission, dans le cadre d'un mouvement prédicatif dynamique dans les milieux des jeunes d'Al-Qassam, qui garantirait qu'aucun d'entre eux ne fasse défaut ». C'est un appel qui concorde dans une certaine mesure avec l'appel de « Assad-Aljihad-2 » lorsqu’il parle de préparer le terrain pour la venue d'Al Qa’ida en Palestine.
Quatrièmement: en faisant abstraction de la personnalité d'Al-Baghdadi qui est apparue à travers ses précédents discours entourée d'énigmes, de dureté et de franchise sous une forme plus poussée que dans le langage d'Az-Zawahiri. Al-Baghdadi dans ce discours-ci parle le langage du furieux, et le langage du dominant, surtout après le recul de la Fitna, et des Réveils, et la reviviscence des groupes jihadiques, condamnant et combattant les Réveils et acquérant de nouvelles expertises dont la plus importante fut la transformation de la force frappante de l'État Islamique d'Irak et de quelques autres groupes en une force sécuritaire en un laps de temps très court, ensuite le partage équilibré des efforts entre le combat contre les Réveils et celui contre les Américains.
Ce qui est notable dans le discours, c'est qu'il ne discute pas de prises de position autant qu'il annonce une disposition à aider dans l'entraînement, dans l'action, et même au niveau de l'appui financier. Tout en faisant une allusion lourde de sens à la question de la sortie des Moujahidines d'Anbar et à quelques types de missiles disponibles ou pouvant être produits, et qui peuvent atteindre la Palestine de ladite région. Cette allusion constitue sans doute une énigme, car il n'était pas obligé, ni d'un point de vue militaire, ni sécuritaire, de l'annoncer, même si l'ennemi en était au courant.
Cinquièmement: peut-être que la question est en apparence tragicomique, mais elle est sérieuse. Ce que nous nommons la période de transition par laquelle passe le peuple palestinien (après la liquidation de la majeure partie de ses dirigeants politiques et militaires de toutes les factions et l'arrivée au stade de vieillesse des autres), fait que le peuple palestinien se retrouve à la croisée des chemins, attiré par tous les bords. Et puisqu'il est le maillon le plus faible actuellement, il est aisé de remarquer que la cause palestinienne est dans son état le plus faible, captive aux mains d'un groupe qui n'est pas concerné par le poids de la cause, ni par sa solution, ni par sa sauvegarde, ni par sa transmission à une autre génération, de même qu'il n'est pas concerné par un quelconque dogme ou histoire, ou sacrifice, ni par aucune autorité morale quelle qu'elle soit, autant qu'il peut être concerné par sa survie au sein de l'autorité pour la plus longue durée possible et par le fait d'en tirer le plus de privilèges peu importe le prix, même si la cause palestinienne tombait au fond du ravin et la dignité du peuple palestinien était anéantie.
Les évènements de cette période ont un caractère comique. Ainsi, pour le troisième anniversaire du décès de Yasser Arafat, et d'une manière inhabituelle, le Fatah a déclaré avoir mobilisé dans son meeting un million de Palestiniens (ou un peu moins !), et quelques semaines plus tard, lors des festivités commémorant la naissance du Hamas, celui-ci a déclaré à son tour avoir mobilisé un million de personnes (ou un peu moins !), et chacun des deux partis (Fatah et Hamas) prétend contrôler la rue et être le plus populaire !
Quant aux habitants de Gaza, ils sont pour tout 1,5 million. Ainsi, si chacun a mobilisé le peuple comme partisan, qui soutient qui ? Et qui s'oppose à qui ? Et d'où chacune des deux parties a-t-elle ramené le million qui la soutient ? Et qui parmi le peuple est resté chez lui dans sa demeure ? Et combien de peuples existe-t-il à Gaza ? Et comment les gens de Gaza vont-ils croire qu'ils sont plus d'un peuple ? Et s'ils le croient, est ce que le Hamas et le Fatah croiront que le million dans chacun des deux évènements était le même ?
Ils ne croiront pas cela, et c'est exactement cela que nous appelons les signes de la période de transition. Cette période dans laquelle le peuple apparaît hésitant et perplexe, ne faisant que sonder ce qui se passe et vers où les choses se dirigent ? Le plus plausible est que ceux qui étaient présents au meeting du Fatah sont les mêmes qui étaient présents au meeting du Hamas. C'est dans ce contexte que vient le discours d'Al-Baghdadi, que je considère ainsi que les chefs d'Al Qa’ida comme étant au courant de ce qui se passe avec précision en Palestine et à Gaza particulièrement. Quant à l'insistance sur le cas du Hamas, elle s'explique par le fait que l'objectif actuellement est Gaza non pas la Cisjordanie, et par le fait que c'est le Hamas qui y détient l'autorité, et aussi parce que la direction du Hamas, entre autres questions, a exprimé selon le discours « une animosité exagérée envers la Salafiya Jihadiste, particulièrement aujourd'hui, et leurs tentatives sérieuses et continues pour avorter tout projet basé sur un principe Salafiste… »
Cette déclaration revêt une part importante de vérité surtout que le Hamas ne le nie pas, sans parler des déclarations publiques du guide général des Frères Musulmans où il dément l'existence d'Al Qa’ida de façon absolue, et où il considère la pensée Salafiste Jihadiste comme étant une idéologie déviante.
Ce qui est clair à ce stade, c'est qu'Al Qa’ida a verrouillé la porte face aux Frères Musulmans, quant à Al-Baghdadi il l’a verrouillée face au Hamas excepté du côté d'Al-Qassam. Est-ce que la situation connaîtra un renversement, et l'on annoncera l'apparition d'Al Qa’ida en Palestine ? Ou bien le discours d'Al-Baghdadi serait-il exagéré ? La réponse comme l'a dit « Assad-Aljihad-2 » se fera connaitre après les élections américaines, et peut être que l'annonce publique tardera.
Si ce n'était le ton doux qui a caractérisé le texte d’Assad-Aljihad-2, j'aurais conclu avec certitude que c'est Al-Baghdadi,
du fait des similitudes qui existent entre l'article et le discours, qui peuvent être hasardeuses ou réelles. La question à ce niveau est ambiguë. Mais ce qui me trouble c'est cette question que
je considère importante, j'espère que l'on pourra y trouver une réponse : si j'écrivais un jour un article et que celui-ci était lu par 1 million de personnes, comment pourrais-je savoir qu'ils
sont du Hamas, du Fatah, ou du peuple ?En revanche, si j'avais été un Salafiste Jihadiste, je défendrais le discours avec insistance, en y voyant une réaction vive aux comportements révoltants des Frères Musulmans, et du Hamas en particulier, lequel faisait l'objet de beaucoup d'espoirs des Salafistes, mais voilà qu'il glisse dans le fin fond de la politique et du jeu de « Sykes-Picot », alors qu'en tant que groupe jihadique il était censé combattre un ennemi occupant. Je me serais demandé amèrement : qu'a récolté le peuple palestinien ou le Hamas, par l'entrée de ce dernier dans les méandres de la politique et de la participation à un gouvernement sous le plafond [des accords] d'Oslo, si ce n'est les affronts, l'avilissement, le blocus, l'oppression, les pressions et les menaces ? Et pourquoi le Hamas persiste-t-il à ne pas tenir compte des conseils légaux qui lui sont adressés ?
Mais entre les deux, il y a ceux qui se placèrent en contradiction avec les positions de leurs propres groupes. Ainsi, le discours virulent de Baghdadi n'apparaît pas comme étant rejeté par beaucoup de membres du Hamas et du Qassam, surtout quand ceux-ci voient l'état d'avilissement qui touche les Palestiniens et leur cause depuis des décennies, malgré les torrents continus de sang déversés gratuitement. De même qu'il n'apparaît pas comme étant accepté sous cette forme, par ceux qui croient dans la Salafiya Jihadiste au sein des Frères Musulmans, ou même parmi certaines élites Salafistes qui craignent qu'il ait des conséquences inverses pour de nombreuses raisons dont l'« orgueil criminel » (Al-'izzatou bil ithmi) n'est que l'une d'entre elles.
Dans tous les cas, ce discours qui a sans doute provoqué une tempête, pourrait bien être en voie de provoquer une rupture dans les positions du Hamas, surtout que c'est ce dernier qui y est concerné en premier lieu, non la Salafiya Jihadiste. Est-ce que c'est à quoi aspirait la Salafiya ? Est-ce que c'est ce que craignent les Frères Musulmans et d'autres ? Dans quel contexte pouvons-nous placer ce discours ?
Il va sans dire que le discours Salafiste Jihadiste est plus que jamais embarrassant pour le Hamas dans la mesure où les Salafistes maintiennent des résultats avancés sur les plans quantitatifs et qualitatifs dans leurs activités militaires, et tant qu'ils s'attachent à leurs constantes légales dans la pratique de la critique sous la forme de conseil. Ceci quand le Hamas, de son côté, se limite à tenir un discours politique au milieu du recul de ses activités militaires visant « Israël », et de l'obscurité qui entoure ses prises de position politique envers la reconnaissance de celle-ci ou la trêve, chose qui le place dans une impasse face au discours Salafiste, d'autant plus que l'action politique n'a pas porté ses fruits et que le Hamas se trouve présentement dans une des périodes les plus faibles de son existence politique.
Mais alors qu'est ce que le Hamas pouvait faire de plus, lui qui a tapé à toutes les portes pour régler le conflit qui l'oppose à l'« autorité palestinienne » au moment où cette dernière refuse tout dialogue, poussée en cela par les États-Unis, « Israël» et même les pays arabes ?
Il est du droit du Hamas de lutter pour la levée du blocus sans présenter des concessions substantielles qui profiteraient en fin de compte à « Israël».
Néanmoins, la réalité des faits est que le blocus fait du tort :
1- à la popularité du Hamas à l'intérieur de la Palestine et à l'étranger.
2- aux habitants de Gaza qui paient le prix fort du blocus sur le plan social, économique, et de santé, et ce au moment où le Fatah et le Hamas continuent d'injecter de l'argent dans les poches de leurs membres, ce qui signifie que le blocus pourrait durer davantage de temps dans ce qui ressemble à un jeu de qui-abandonne-le-premier sur le compte des habitants.
3- à quelques couches des branches militaires qui deviennent de plus en plus perplexes devant les développements actuels, ainsi ils ne peuvent ni combattre leur ennemi comme ils l'espèreraient, ni continuer à supporter le poids de blocus dont les causes politiques et organisationnelles ont fait de leur jihad l'otage des dirigeants politiques et de la situation internationale et régionale, faisant d'eux ce qui ressemble à des gardes-frontières plus qu'autre chose.
Si la situation du Fatah et sa capacité à subvenir aux besoins de ses membres à Gaza apparaissent comme légitimes aux yeux de la rue palestinienne, qui s'accroche aux causes de subsistance, cela pourrait faire porter la responsabilité du blocus au Hamas et le placer dans une posture de plus en plus délicate toutes les fois où le Fatah apparaît à l'extérieur du pouvoir de Gaza, et le Hamas fidèle à ses membres, mais incapable d'assurer les services essentiels pour une société qui fut la première à annuler « Sykes-Picot », mais qui pourtant subit l'embargo cruel de son environnement.
Et ce qui rend la posture du Hamas plus délicate aux yeux de la rue palestinienne et aux yeux de ses propres membres, c'est son implication croissante dans la culture de « Sykes-Picot ». Le Hamas semble ne plus être concerné par le retour au jugement légal pour tous les dossiers politiques. Ceci ne concerne pas le principe d'Ijtihad, autant que c'est un choix individuel ou dans le meilleur des cas, une conséquence du fait d'être tombé dans les filets des Massalihs que l'environnement impose. C'est peut-être dû à l'ignorance dans la religion, ou simplement à l'indifférence vis-à-vis de cette dernière.
En tout cas, au vu de ce qui a précédé, il ne semble plus étonnant que le Hamas présente des condoléances au décès du Pape du Vatican, à celui de Georges Habash en « implorant Allah (qu'Il soit glorifié et exalté) de le couvrir de son immense miséricorde », ou encore à celui de Imad Maghniyah, ou celui de Baqir Al-Hakim, ou qu'il démente avoir présenté des condoléances concernant Abu Muss'ab Az-Zarqawi, ou Abu-Leith Al-Libi, ou qu'il ignore la question Tchétchène en raison des intérêts que cela suppose, et de peur de faire l'objet de critiques ou d'être qualifié d’organisation terroriste. Il va sans dire que le dossier du Hamas d'un point de vue légal a désormais un poids assez pesant chez la Salafiya, sans parler du fait que ces choix ont fait du Hamas un parti séculier par excellence.
Le Hamas, comme cela est connu, n'a échappé à aucun discours des emblèmes de la Salafiya et des dirigeants du Jihad Mondial. Néanmoins, le discours d’Abu ‘Omar Al-Baghdadi qui apparaît comme l'ultime conseil légal a un effet différent.
L'homme est inconnu, et sa personnalité ne fait pas l'objet d'accusations comme pourrait l'être Az-Zawahiri à qui l'on reproche sa dureté historique envers les Frères Musulmans, ou encore Ben Laden dont beaucoup de ses ennemis ont diffusé la thèse de ses désaccords avec Az-Zawahiri lequel l'aurait influencé et aurait pris le contrôle d'Al Qa’ida (sic).
Quelle accusation peut-on adresser à Al-Baghdadi, alors qu'il mène une guerre acharnée en Irak contre des dizaines de pays et d'ennemis, sans que soit à l'ordre du jour le fait qu'il contracte une trêve avec un État, ou qu'il établisse des relations politiques ou des alliances avec de quelconques entités, ou qu'il désavoue le discours légal ou les intérêts des Musulmans où qu'ils se trouvent ?
L'observateur pourrait être étonné ou surpris en constatant que le Hamas a eu la part du lion des discours critiques et des conseils privés et publics qu'Al-Baghdadi a évoqué. Au moment où de tels discours ne sont pas adressés au mouvement du Jihad Islamique par exemple, lequel est un mouvement islamique qui ne diffère pas beaucoup du mouvement Hamas, du moins dans ce qui concerne ses mécanismes d'action, si ce n'est dans sa non-participation au processus politique d'une manière directe.
Aussi, si le Hamas est accusé de diffuser le Chiisme, le Jihad est accusé de Chiisme même, et les deux ont des relations privilégiées avec l'Iran et le Hezbollah.
Alors pourquoi la Salafiya insiste-t-elle sur le cas du Hamas et ignore-t-elle les autres groupes, y compris le mouvement Fatah (bien que ce dernier ait fait l'objet de critiques d'Az-Zawahiri dans le discours d'annonce de l'intégration du Groupe Combattant Libyen à Al Qa’ida) ? Le mouvement Fatah n'est-il pas influent sur le terrain comme l'est le Hamas ? Est-ce que cette question a un rapport avec le timing de « l'entrée en Palestine » ?
Premièrement: il est certain que les observateurs ont suivi les développements du discours Salafiste en direction de la Palestine depuis le moment où Ben Laden a renouvelé son célèbre serment de soutien aux Palestiniens (Façon de déjouer les complots – 19/12/2007) et où il a « rassuré » les Palestiniens que « nous allons élargir notre jihad, et nous n'allons pas reconnaître les frontières de Sykes-Picot ».
Deuxièmement: l'apparition de l'article « le timing de l'entrée de l'Organisation d'Al Qa’ida en Palestine » de « Assad-Aljihad-2 » sur les réseaux jihadiques, publié par le correspondant du GIMF qui l'a qualifié d'« article très important ». L'article invite les Moujahidines de Gaza à préparer l'accueil des Muhajirins (émigrants), à les héberger et à ne pas entrer en accrochage avec le mouvement Hamas même si celui-ci s'en prenait à eux. Il s'agit de la première lettre directe qui parle de mécanismes d'action explicites et d'orientations claires et concrètes, même si elle a été présentée sous la forme des « plus importants conseils ». Le plus important dans cette lettre, c'est qu'elle a reçu un bon accueil et de nombreuses réactions des lecteurs, à tel point que son auteur a veillé à se trouver parmi les lecteurs en répondant à leurs commentaires, et en leur assurant de veiller à suivre leurs critiques et d'être près d'eux surtout qu'il a déclaré dans son article : « je rêvais, depuis plusieurs années, d'être parmi ceux qui viendraient en Palestine pour combattre les Juifs. Maintenant, ce rêve fait partie intégrante de mon agenda et de mes plans. J'ai déterminé pour cela une date, un délai, et une façon pour entrer et mener le jihad en Palestine. »
Ceci est un indice que la boussole commence à s'orienter vers la Palestine, et que le sermon de Ben Laden et son annonce sont en voie d'être concrétisés, il n'est d'ailleurs pas invraisemblable de penser que l'auteur de la lettre soit lui-même un commandant militaire au sein d'Al Qa’ida.
Troisièmement: par son discours, Al-Baghdadi a prouvé sans que doute ne subsiste, qu'il a une connaissance historique de ce qui se passe en Palestine, à Gaza, et plus particulièrement au sein des brigades Al-Qassam, dans la période qui va de la date de création de ces derniers jusqu'à précisément la date d'assassinat de Yahya Ayash. Cette remarque a pour une raison quelconque échappé aux écrits et aux commentaires qui ont fait suite au discours. Mais « Assad-Aljihad-2 » y avait fait référence auparavant en écrivant : « sachez que vos nouvelles parviennent au fur et à mesure, avec précision, aux commandants des Moujahidines ».
C'est pour cela que nous voyons le discours évoquer les harcèlements dont a fait l'objet les fondateurs, de la part de la direction politique avant la seconde Intifada (28/09/1999). Mais quand il parle d'Al-Qassam (c'est la deuxième remarque importante), il est certainement conscient qu'il parle d'une couche particulière en son sein, « les sincères d'Al-Qassam », les incitant à bouger pour faire tomber leur direction politique. C'est cette couche qu'il appelle à faire scission et à profiter des « gens de sagesse et de savoir parmi eux pour qu'il s'efforce à mener à bien cette mission, dans le cadre d'un mouvement prédicatif dynamique dans les milieux des jeunes d'Al-Qassam, qui garantirait qu'aucun d'entre eux ne fasse défaut ». C'est un appel qui concorde dans une certaine mesure avec l'appel de « Assad-Aljihad-2 » lorsqu’il parle de préparer le terrain pour la venue d'Al Qa’ida en Palestine.
Quatrièmement: en faisant abstraction de la personnalité d'Al-Baghdadi qui est apparue à travers ses précédents discours entourée d'énigmes, de dureté et de franchise sous une forme plus poussée que dans le langage d'Az-Zawahiri. Al-Baghdadi dans ce discours-ci parle le langage du furieux, et le langage du dominant, surtout après le recul de la Fitna, et des Réveils, et la reviviscence des groupes jihadiques, condamnant et combattant les Réveils et acquérant de nouvelles expertises dont la plus importante fut la transformation de la force frappante de l'État Islamique d'Irak et de quelques autres groupes en une force sécuritaire en un laps de temps très court, ensuite le partage équilibré des efforts entre le combat contre les Réveils et celui contre les Américains.
Ce qui est notable dans le discours, c'est qu'il ne discute pas de prises de position autant qu'il annonce une disposition à aider dans l'entraînement, dans l'action, et même au niveau de l'appui financier. Tout en faisant une allusion lourde de sens à la question de la sortie des Moujahidines d'Anbar et à quelques types de missiles disponibles ou pouvant être produits, et qui peuvent atteindre la Palestine de ladite région. Cette allusion constitue sans doute une énigme, car il n'était pas obligé, ni d'un point de vue militaire, ni sécuritaire, de l'annoncer, même si l'ennemi en était au courant.
Cinquièmement: peut-être que la question est en apparence tragicomique, mais elle est sérieuse. Ce que nous nommons la période de transition par laquelle passe le peuple palestinien (après la liquidation de la majeure partie de ses dirigeants politiques et militaires de toutes les factions et l'arrivée au stade de vieillesse des autres), fait que le peuple palestinien se retrouve à la croisée des chemins, attiré par tous les bords. Et puisqu'il est le maillon le plus faible actuellement, il est aisé de remarquer que la cause palestinienne est dans son état le plus faible, captive aux mains d'un groupe qui n'est pas concerné par le poids de la cause, ni par sa solution, ni par sa sauvegarde, ni par sa transmission à une autre génération, de même qu'il n'est pas concerné par un quelconque dogme ou histoire, ou sacrifice, ni par aucune autorité morale quelle qu'elle soit, autant qu'il peut être concerné par sa survie au sein de l'autorité pour la plus longue durée possible et par le fait d'en tirer le plus de privilèges peu importe le prix, même si la cause palestinienne tombait au fond du ravin et la dignité du peuple palestinien était anéantie.
Les évènements de cette période ont un caractère comique. Ainsi, pour le troisième anniversaire du décès de Yasser Arafat, et d'une manière inhabituelle, le Fatah a déclaré avoir mobilisé dans son meeting un million de Palestiniens (ou un peu moins !), et quelques semaines plus tard, lors des festivités commémorant la naissance du Hamas, celui-ci a déclaré à son tour avoir mobilisé un million de personnes (ou un peu moins !), et chacun des deux partis (Fatah et Hamas) prétend contrôler la rue et être le plus populaire !
Quant aux habitants de Gaza, ils sont pour tout 1,5 million. Ainsi, si chacun a mobilisé le peuple comme partisan, qui soutient qui ? Et qui s'oppose à qui ? Et d'où chacune des deux parties a-t-elle ramené le million qui la soutient ? Et qui parmi le peuple est resté chez lui dans sa demeure ? Et combien de peuples existe-t-il à Gaza ? Et comment les gens de Gaza vont-ils croire qu'ils sont plus d'un peuple ? Et s'ils le croient, est ce que le Hamas et le Fatah croiront que le million dans chacun des deux évènements était le même ?
Ils ne croiront pas cela, et c'est exactement cela que nous appelons les signes de la période de transition. Cette période dans laquelle le peuple apparaît hésitant et perplexe, ne faisant que sonder ce qui se passe et vers où les choses se dirigent ? Le plus plausible est que ceux qui étaient présents au meeting du Fatah sont les mêmes qui étaient présents au meeting du Hamas. C'est dans ce contexte que vient le discours d'Al-Baghdadi, que je considère ainsi que les chefs d'Al Qa’ida comme étant au courant de ce qui se passe avec précision en Palestine et à Gaza particulièrement. Quant à l'insistance sur le cas du Hamas, elle s'explique par le fait que l'objectif actuellement est Gaza non pas la Cisjordanie, et par le fait que c'est le Hamas qui y détient l'autorité, et aussi parce que la direction du Hamas, entre autres questions, a exprimé selon le discours « une animosité exagérée envers la Salafiya Jihadiste, particulièrement aujourd'hui, et leurs tentatives sérieuses et continues pour avorter tout projet basé sur un principe Salafiste… »
Cette déclaration revêt une part importante de vérité surtout que le Hamas ne le nie pas, sans parler des déclarations publiques du guide général des Frères Musulmans où il dément l'existence d'Al Qa’ida de façon absolue, et où il considère la pensée Salafiste Jihadiste comme étant une idéologie déviante.
Ce qui est clair à ce stade, c'est qu'Al Qa’ida a verrouillé la porte face aux Frères Musulmans, quant à Al-Baghdadi il l’a verrouillée face au Hamas excepté du côté d'Al-Qassam. Est-ce que la situation connaîtra un renversement, et l'on annoncera l'apparition d'Al Qa’ida en Palestine ? Ou bien le discours d'Al-Baghdadi serait-il exagéré ? La réponse comme l'a dit « Assad-Aljihad-2 » se fera connaitre après les élections américaines, et peut être que l'annonce publique tardera.
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